Chute en Vrille par L. Ron Hubbard (Part 2/4)

 V
ous avez probablement entendu dire que le vol à voile n’est pas un sport à prendre à la légère. N’importe qui assez bête pour regarder un avion sans moteur cause l’annulation immédiate de son contrat d’assurance. Demandez à Dick Du Pont ou Jack O’Meara.

     Ou lisez ceci.

     J’avais pas mal volé ici et là sur des ailes silencieuses, en ayant recours au remorquage auto — un procédé pour prendre de l’altitude dans lequel on attache l’avant du planeur à l’arrière d’une voiture avec une corde, et puis on la détache quand on atteint soixante, cent cinquante ou deux cents mètres d’altitude. Tout est très calme et lugubre, assis là-haut dans les nuages, sans jamais un bruit si ce n’est le bruissement du vent dans vos supports et peut-être le clac, clac, clac de la sangle du casque fouettant le bord d’attaque.

[Image]
Dans le cockpit de son planeur, le Franklin PS 2 (ci-dessus), et son casque d’aviateur sur lequel est écrit en japonais « bonne chance » (à gauche).



     J’avais obtenu une mention très bien (permis no 385 pour appareil aérien sans moteur du Département du Commerce, si vous voulez vérifier) et j’avais l’habitude des planeurs utilitaires qui ont l’air d’avions à moteur sans moteur, du fait qu’ils ont un cockpit fermé.

     Je me suis payé une bonne petite émotion forte, un jour, quand un courant ascendant rugissant comme dix mille tigres est venu heurter une de mes ailes, a fait remonter le nez alors que j’étais presque en train de m’arrêter, puis m’a complètement renversé du haut de cent cinquante mètres. En descendant, je pouvais regarder devant moi et compter chaque brin d’herbe. Le monde entier s’est mis à faire une grande ronde, c’était comme si je regardais de haut une toupie vrombissante qui se précipitait vers moi, happant la distance par trentaines de mètres. Je n’ai pu faire réagir les commandes qu’à environ dix mètres du sol. Avec un peu de chance, pour laquelle je suis toujours redevable, je redressai l’appareil et me catapultai à l’horizontal à environ cent quarante-cinq kilomètres à l’heure — la vitesse normale d’un planeur étant d’environ trente-cinq kilomètres à l’heure.

     Mis à part un ou deux mauvais pas, voilà tout ce qui m’était arrivé lors des quelque deux cents vols que j’avais faits, certains d’entres eux relativement longs — plus de deux heures sans moteur et sans rame, en flottant simplement sur la brise.

     Je pensais donc être le gars que Dame Fortune avait toujours voulu favoriser, et que je pouvais me tirer de pratiquement n’importe quoi.

     Jeune et un peu fou, j’ai emprunté un petit peu plus de temps au vieil homme à la faux et je suis parti en voyage dans le Michigan. A Port Huron, pour être exact.

     Des gaillards y avaient monté, dix-huit mois avant mon arrivée, un club de vol à voile. Ils possédaient un appareil mais ils avaient commis une erreur. Comme presque n’importe quel pilote d’avion à moteur vous le dira, ils croyaient que n’importe qui pouvait faire voler un de ces cerfs-volants cubiques et s’en sortir sans égratignure. Mais après deux tentatives de décollage, leurs nerfs ont lâché et ils ont remis le coucou dans la grange, décidant que leurs femmes et leurs enfants avaient encore besoin d’eux.

     Et le coucou se trouvait là, tout couvert de poussière et de paille, avec les cordes de piano à moitié rouillées et de l’enduit qui craquelait sur l’ancienne mousseline.

     N’importe qui avec suffisamment de jugeote aurait bien vu qu’il s’agissait d’un kimono de bois volant. Mais je croyais, louant Allah, que ma chance était éternelle.

     J’ai dit à ces gaillards que je leur enseignerais à faire voler ce machin pour une certaine somme par vol — et ils ont tous été d’accord — mais qu’il vaudrait mieux que je l’essaie d’abord moi-même car le planeur n’avait jamais quitté le sol.

     Nullement intimidé, nous avons promptement tiré l’épave délabrée et cabossée de sa paille confortable et nous l’avons assemblée.

Chute en Vrille Continu...



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