Ce n’était pas le type d’appareils dont j’avais l’habitude. Ce n’était pas un de ces démons casse-cou aux lignes pures qui traversaient de grandes étendues d’azur sans même un tremblement. C’était ce qui était connu sous le nom de planeur primaire. Je n’en avais jamais fait voler auparavant. C’était un vestige de l’engouement qui était venu d’Allemagne et avait frappé ce pays vers 1927. Aucun de ces appareils, je l’ai découvert plus tard, ne pouvait voler, et cependant les gens les achetaient et disaient : « Ce qui est bien avec les planeurs, c’est que l’on n’a pas besoin de leçons. » Allons donc, sans doute aiment-ils manger les pissenlits par les racines, ces gars-là.

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L’enregistrement des vols en planeur de Ron, y compris celui du 8 septembre sur lequel est basé cet article.

     Le bruit a couru dans la campagne, cet après-midi-là, qu’un petit jeune allait faire décoller cet engin et faire un tour dedans, sans moteur. Etant donné que c’était tout à fait impossible, les promeneurs du dimanche sont tous arrivés dans le champ bourbeux pour regarder. Quelque cinq cents personnes étaient là, et comme je n’ai jamais été renommé pour ma modestie, je me suis trouvé un gars avec une Ford modèle A et je lui ai dit comment remorquer les planeurs.

     Il fit partir la voiture, mais le planeur resta au sol. Il y avait un vent de quarante-cinq kilomètres à l’heure, et au prochain essai, il la fit aller à soixante kilomètres à heure malgré les grincements des amortisseurs.

     Très bien, cette fois je décollai. Un vol en ligne droite, bien que les commandes fussent un peu faiblardes, et tout allait bien. Le vol suivant, je me suis élevé à soixante mètres environ et j’ai atterri de nouveau face au vent. Très bien. Maintenant j’allais voir ce que ce morceau de ferraille miteux avait dans le ventre. J’allais essayer un tour complet, sous le vent, à cent vingt mètres.

     Il faut que je vous explique que ce primaire n’avait pas de cockpit. Vous étiez assis sur une planche assez fine et vous pouviez voir la terre entre vos genoux. Vos pieds étaient attachés aux gouvernes et une ceinture de sécurité vous attachait à la structure. Vous étiez totalement à l’air libre, sans aucune protection, avec des cables qui partaient de vous dans toutes les directions.

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     Je m’en suis tiré avec les tournants suivants et tout allait bien. Avec le vent plus la voiture, le truc avait une vitesse de vol approchant cent vingt kilomètres à l’heure — il allait exactement trois fois trop vite.

     Puis vint le dernier vol que ferait jamais ce surf volant. J’ai utilisé toute la longueur de la corde et je l’ai coupée. L’avion a bondi, libre, et s’est cabré comme un étalon déchaîné. J’ai propulsé le nez vers le bas et il est de nouveau remonté. A cent cinquante mètres au-dessus du sol, j’ai entendu un son comme si des petites balles de plomb frappaient une cloche.

     J’ai aussitôt commencé à prendre de la bande à quarante-cinq degrés. Les commandes ont lâché et n’ont plus voulu répondre. Cent cinquante impitoyables mètres au-dessous se trouvait la terre — presque quatre cinquièmes de la hauteur du monument de Washington.

     Et moi, sans aucune maîtrise de ce pur-sang déchaîné. Les ailes étaient repliées. Les cables qui volaient, déjà rouillés, n’auraient pas pu résister à la tension de cette dernière embardée. Sans ailes, et presqu’un ange.

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Son permis de pilote de planeur américain, numéro 385.

     Le nez, à cause de mon poids, s’est mis à descendre subitement. L’avion s’est transformé en une bombe aérienne avec moi pour fragmentation. J’étais sur le point d’exploser sur plusieurs hectares de pâture pour les vaches du Michigan. J’allais m’écraser, sanglé comme je l’étais, incapable même de retirer mes pieds, et l’avion allait être le maillet qui me planterait dans le sol. Ouille !

     Prenant de la vitesse, l’avion et moi-même ont commencé à siffler. La terre était encore loin, loin devant. Je suis devenu impatient. Voilà que j’étais en train de chuter à 90 km/h ou plus, accélérant selon la loi de Newton de 9,80 m/s, n’allant nulle part ailleurs qu’à la verticale.

Chute en Vrille Continu...



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